Marie-Pierre Valat “peint des femmes. Essentiellement des femmes. Parfois, rarement, elles sont accompagnées d’hommes-rêves.”

Elles ont quelque chose de primitif, évoquent Les Demoiselles d’Avignon de Picasso, les femmes de îles de Gauguin, La Danse de Matisse. Dans la couleur, souvent violente, les “Fauves”.

Elles sont végétales, sculpturales. Se contorsionnent pour entrer dans le cadre.


“Les émotives”

Africaines, rondes, tordues, le visage est un masque douloureux, éberlué, apeuré. Elles semblent manquer d’air, chercher une respiration. Elles sont coincées dans une toile ventre bocal qui les protège ou les enferme. Des toiles cages qui les cadrent, les assouplissent de force. Une gymnastique forcée ou libératrice.

Elles se recroquevillent souvent par peur de se déployer parce qu’elles ne sont pas achevées. L’abdomen manque. Elles sont extrémités. Les doigts et les orteils sont énormes, occupent l’espace, les encombrent. 

Elles sont presque palmées, ailées, divisées.

Parfois, un bras ou une jambe viennent asseoir la composition, poser la forme.

Elles peuvent aussi donner l’impression de tomber malgré leur cadre limite. Chute désarticulée qui risque de les briser définitivement.

Elles peuvent être posées en puzzle explosé sans plus pouvoir bouger, membres éparpillés.

Elles trouvent des positions sans grâce, empruntées, peuvent se retrouver complètement nouées, coincées comme un foetus à terme.

Elles peuvent être animales, inquiétantes, un peu mauvaises.

D’autres, femmes poissons attrapées sur le vif fuient la toile.

Elles se sentent parfois traquées, apeurées, vont jusqu’à hurler.

Il arrive qu’elles prennent l’apparence de petits monstres sorcières  que l’on traque dans leur tanière.

Elles ont de gros chagrins, de vieilles peines qui se sont figées.


“Les craintives” font peur pour qu’on les laisse tranquilles. Elles revêtent masques, armures et rondeurs excessives pour se cacher. Essaient de se faire toutes petites.

Elles ne veulent pas qu’on les touche, repliées en boules.

Boucles de couleurs fauves.

Elles ne reconnaissent plus leurs membres.

Il arrive que l’une d’elles disparaisse comme un fantôme. Son invisibilité la fait frissonner.

Elles sont très peureuses, voire terrifiées.

Rêvent-elles? Se souviennent-elles?


“Les éperdues en pâmoison”

Leur sexualité est terrible, menaçante.

Scènes de sacrifices.

En transe elles deviennent démons.

Les mots d’amour est un cadavre flottant après la torture.

Dans La sieste le corps disparaît.


“Les hirsutes” sont des monstres grimaçants qui se prêtent à des danses macabres.


“Les terriennes” sont étrangement aquatiques.

L’astragale a trouvé un moment de stabilité qui soulage son os cassé. Au fond du bocal elle médite. Ses cheveux sont des bulles d’air qui matérialisent sa pensée “in utérine”. Son corps, aux couleurs des eaux baigne dans un orange vif.


Il y a des “Damoiselles”. L’une d’elles est élégante, plus fine que les autres, un peu gothique.


“Les emperlées” sont gauches, maladroites, font les clowns, les idiotes pour ne pas être percées à jour.


“Les étrangères” ont quitté les lieux.

Elles ont laissé la peinture.


Aucun espace n’est vide dans la toile.  Un presque trop plein.

Marie-Pierre Valat joue à décliner les couleurs dans un cadre contrainte.

Il y a un paradoxe entre la violence et la joie, la douleur et la souplesse.

L’angoisse est apprivoisée.

Un fil est déroulé de toile en toile et tisse l’ensemble. Il pourrait créer un enfermement mais la couleur toujours intense, vive, surprenante est l’issue, la libération, la merveilleuse explosion de vie qui ouvre vers une autre dimension.


Alexandra Bernard

 

Le regard d’Alexandra Bernard

“Les mots d’amour”