Si je devais écrire un peu...

 
 


Je peins des femmes, essentiellement des femmes.


Parfois, de plus en plus souvent, elles sont accompagnées d’hommes-rêves.


J’appelle mes toiles “les émotives”, je les décline en “raisons perdues”, “hirsutes”, “emperlées”.

Je peins mes coups de folie, mes tentatives pour advenir, mes incertitudes.

Je peins et la peinture me peint.


C’est un même fil qui se déroule de toile en toile. Un fil qui tisse, qui dessine, presque plus vite que moi, qui se pose, qui s’impose. J’enroule, je déroule, toujours le même fil. La femme au centre. La femme accompagnée.


Des ébats, on se débat, on s’ébroue, on joue.


Des femmes qui font de la gymnastique, un peu perdues, un peu étonnées, surprises, comme par un flash aussi, quelque chose “tac” qui les arrête là d’un coup “tac”.


On se cache derrière toutes ces couleurs, tous ces fils qui s’enroulent. On se cache. On joue même les exploratrices. Les exploratrices. On dessine, on se dessine, on se devine, on se devine.

Elles ont des seins partout. Elles mettent des seins partout. De l’amour, du désir, de l’envie. Des couleurs, des couleurs, des couleurs, qui s’apposent, en aplats, qui se mélangent, qui redeviennent aplats, des collages, des motifs.

Des dessins purs, des dessins alambiqués avec des grandes mains, des grands doigts, des grands pieds.


Faisons simple : un fil qui se déroule c’est un œil qui se dessine, son voisin à coté, dessous le nez, dessous la bouche, après un rond qui englobe le tout, hop, une tête, à partir de la tête il faut embrayer le corps, et les bras et les pieds, et les jambes et les seins, et les cheveux, et si on a de la place là-dedans, on rajoute un bonhomme...


Les émotives, quand elles sont toutes seules, on a l’impression que quelqu’un a fait “Bouh”, et qu’elles ont peur là un peu, hop, hop, j’me tiens, non j’ai pas eu peur, non, non j’ai pas tressauté, non.

Ou alors qu’elles ont trébuché en montant sur un trottoir. Chup, elles ont failli se casser la figure, et puis, hhhhha, elles se reprennent, à non, non, non, personne m’a vue, une pose un peu coincée, un peu, comme elle se fait, mais bon voilà, personne m’a vue, on recommence.

Celle qui recommence, c’est la suivante, dans le fil qui se déroule.


Hop, elles ressemble, elle ressemble pas, elle s’éloigne, elles s’éloignent toute un peu, c’est toujours les même, la même famille, mais, il y a des cousines, des cousines éloignées, des sœurs, plus ou moins proches, plus ou moins lointaines, et puis là, oh, tiens, le nez de la grand mère qui revient dans cette figure.

Oui, pourquoi pas.

Ou plutôt, l’élan du corps.

Le pli, le dépli, le repli.

Je me replie derrière toutes ces  figures qui me dévoilent et me cachent.


Elles ont des grandes mains pour pouvoir mieux vous toucher. 

Elles ont des grands pieds parce que, Hummm, c’est l’pied!


Marie-Pierre Valat

Je peins des femmes...